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Nadine Morano vs jeu vidéo : vers l’apaisement
Suite à la polémique qu’ont suscitée les propos de Nadine Morano, nous avons pu nous entretenir avec des membres de son cabinet soucieux de préciser sa pensée.

Nadine Morano, Secrétaire d'Etat à la Famille
Rappelant que la protection de l’enfance –ainsi que celle de l’image de la femme  fait partie intégrante des missions du Secrétariat d’Etat à la Famille, et que c’est donc à ce titre qu’elle s’est exprimée au sujet du Pegi et de l’accès des mineurs à certains jeux, son cabinet a insisté sur la transversalité de ses domaines d’intervention. « Il ne s’agit évidemment pas de s’approprier l’ensemble des problématiques liées au jeu vidéo, mais de soulever les problèmes - et de tenter d’y apporter des solutions - qui relèvent de notre sphère de compétence. Que ce soit sur le jeu vidéo ou sur tout autre sujet », nous a-t-on expliqué.

La réflexion du Secrétariat se porte donc aujourd’hui sur les outils qu’il serait nécessaire de donner aux parents pour que ceux-ci aient une meilleure appréhension des contenus non seulement des jeux vidéo, mais aussi des sites internet par exemple. « Il faut sécuriser au mieux les possibilités d’accès par des enfants et des jeunes adolescents à des contenus non appropriés. On ne peut pas faire fi du désir de transgression existant chez tout jeune ado qui le poussera vers des jeux qui ne sont pas pour lui. Le Pegi est un bon instrument, clair et intuitif, mais il n’est pas suffisamment connu des parents, puisqu’une étude montre que seuls 20 % d’entre-eux savent ce que c’est. Il faut réfléchir aux façons de le populariser mais aussi d’améliorer la lisibilité sur les jaquettes des jeux, voire dans les points de vente », nous a-t-on également déclaré. L’avertissement quant aux risques épileptiques liés à une trop longue durée de jeu apparait également bien discret pour l’entourage de Mme Morano.

Pegi : qu’est-ce que c’est ?

La classification par âge est un système destiné à garantir un étiquetage clair des contenus de loisirs (tels que les films, vidéos, DVD et jeux vidéo) par classe d’âge en fonction du contenu. La classification par âge guide les consommateurs (en particulier les parents) afin de leur permettre de décider s’ils peuvent acheter ou non un produit donné.
La classification figurant sur un jeu confirme qu’il convient à des joueurs ayant plus d’un certain âge. Par conséquent, un jeu classé PEGI 7 est uniquement adapté à un public âgé de sept ans et plus et un jeu classé PEGI 18 convient uniquement aux adultes de 18 ans et plus. La classification PEGI se base sur le caractère adapté d’un jeu à une classe d’âge, et non sur le niveau de difficulté. (extraits du site www.pegi.info.fr)

Vers une commission ?

L’heure semble donc à l’apaisement après les vives réactions du Sell et du SNJV, et la consultation de ces deux syndicats est inscrite au programme du Secrétariat. Parmi les solutions envisagées pour nourrir la réflexion, la possibilité de saisir une commission comme celle de que préside Mme Agnès Vincent-Deray intitulé « Famille, Education aux médias » est avancée. Il lui serait sans doute demandé de faire des propositions pour accroitre la communication dans les média sur les contenus et la dangerosité de laisser des jeunes livrés à eux-mêmes face à ceux-ci. Le caractère non obligatoire du Pegi fait également partie des sujets que le Secrétariat d’Etat souhaite voir traités. « Notre démarche est à l’inverse de la diabolisation du jeu vidéo dont nous mesurons la place de plus en plus importante qu’il prend dans les loisirs familiaux. Le problème est que cette rapide montée en puissance ne s’est pas toujours accompagnée d’un apprentissage des risques. Aujourd’hui, il faut que les codes comme ceux qui existent pour les programmes télé ou les films soient connus de tous, enfants et parents. Le CSA mène actuellement une campagne pour sensibiliser au sujet de l’exposition des enfants aux films et programmes télé qui ne s’adressent pas à eux. Pourquoi ne pas s’en inspirer ? Les industriels du secteur ont tout à gagner à ce que les parents, mieux informés, accroissent leur confiance dans le jeu vidéo. Pour cela, il faut qu’ils aient les clés pour leur permettant de comprendre les contenus auxquels leurs enfants sont exposés. C’est cela la volonté de Mme Morano », nous a-t-on précisé.

Une vive polémique

Cette réaction fait suite aux propos que la Secrétaire d’Etat à la Famille, a tenu jeudi 26 novembre à l’antenne de RMC. « On voit beaucoup trop de jeunes avoir accès facilement aux rayons des jeux vidéo les plus violents, les plus dangereux, et qui ne sont pas de leur âge et passer sans aucune difficulté à une caisse (…) Nous sommes en train de travailler sur la façon d'informer mieux les parents (...) sur Internet, sur la signalétique dans les magasins et sur les packagings (emballage en français) de ces jeux », avait-elle annoncé.

Alors que les professionnels ont mis le Pegi au centre de leur communication depuis quelques années et veillent à ce que leur sens des responsabilités ne soit pas pris en défaut pour contrer toute stigmatisation du jeu vidéo, les deux syndicats, le SNJV (versant développeurs) et le Sell (versant éditeurs) avaient vivement réagi.

Le Sell regrettait que « l’annonce de Nadine Morano sonne comme un désaveu du travail effectué depuis toutes ces années par les professionnels du jeu vidéo et souligne une profonde méconnaissance du dossier. Nous sommes ouverts au dialogue et aux perspectives d’évolution. Néanmoins, nous ne pouvons que déplorer que toutes nos demandes de rendez-vous aient été jusqu’alors refusées par Nadine Morano. C’est assez inquiétant d’observer que la même semaine, alors que Barack Obama appelle à la promotion des jeux vidéo pour le développement de l’intérêt scientifique chez les plus jeunes, Nadine Morano stigmatise ces loisirs numériques à fort potentiel sans visiblement avoir étudié le dossier sérieusement et surtout sans avoir ni écouté ni entendu nos propositions ».

Le SNJV, dans un communiqué signé de son Président Nicolas Gaume, ne disait pas autre chose : « Nous sommes indignés par cette nouvelle déclaration de Madame Nadine Morano qui traduit une fois de plus sa parfaite ignorance tant du secteur du jeu vidéo et de ses usages que des efforts et des actions mis en place par les professionnels pour informer et sensibiliser les consommateurs au moment de choisir un jeu vidéo  Il est fort regrettable que par facilité, Madame Nadine Morano désigne une fois de plus le jeu vidéo comme source de tous les maux, et que perdure une complète désinformation à l'égard du loisir préféré des français,  pratiqué par plus de 22 millions de nos concitoyens jeunes et adultes ».

Il faut dire que Nadine Morano n’a pas toujours eu beaucoup de chance avec le jeu vidéo. Alors qu’elle avait qualifié d’amoral le jeu GTA 4 (Pegi 18 +) de Rockstar Games, elle avait posé en photo dans Paris Match quelques temps après en train d’y jouer avec ses fils majeurs mais en présence de sa fille de 13 ans. « Pour les mettre en garde », justifia-t-elle. Dont acte, même si on peut deviser sur la qualité éducative d’une telle photo dans un journal aussi lu que Paris Match.

Entre deux chaises

Derrière cette polémique, c’est toute l’hésitation du monde politique qui s’exprime. Imagine-t-on un même débat sur le livre, la BD, ou même les programmes télé ? D’un côté, impossible d’ignorer que le jeu vidéo est un loisir de masse touchant beaucoup de citoyens-électeurs. De l’autre, entre ignorance des contenus, fracture générationnelle et principe de précaution (au prochain dingue qui tirera dans la foule on pourra toujours se protéger en proclamant « on avait prévenu »), bon nombre de politiques ont vite fait de prendre le jeu vidéo pour une cible facile.

Il faut désormais que tous les professionnels se saisissent de la question de la communication sur le Pegi. C’est incontestablement un bon instrument, et le Pegi 2.0 lancée cette année en a encore amélioré la clarté. Mais il parait difficile de ne pas rassembler autour de la même table toutes les sensibilités, tous les points de vue et tous les intervenants (distributeurs compris) pour réfléchir à la meilleure façon de le populariser. Afin qu’il rentre dans les mœurs comme le jeu vidéo lui-même est entré dans les mœurs.


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Posté le 02-12-2009 à 13:45
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