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Livre électronique : des enjeux compliqués
Le livre électronique arrive. D’un côté, les liseuses électroniques sont au point et de l’autre l’iPad a été lancé avec dans son sillage le magasin en ligne iBook. Évidemment, cette dématérialisation du livre soulève de nombreuses questions et ce tout particulièrement en France, le pays du prix unique.

Après la musique et la vidéo, c’est au tour du livre de se dématérialiser. Et cela va se faire avec les mêmes réticences et les mêmes complications, surtout en France. Si le livre avait jusqu’ici échappé au numérique, c’est qu’il n’y avait pas d’appareil qui permettait de le restituer qualitativement. Car il ne faut pas se leurrer, si l’usage est évident et que le hardware existe, le contenu trouve une voie, qu’elle soit légale ou non. Avec plus de 15 ans de recul maintenant sur le MP3 et Internet, même le plus conservateur des éditeurs doit avoir compris qu’il est totalement impossible d’empêcher la dématérialisation tant elle est évidente pour le confort du consommateur. Et justement, cette restriction d‘un matériel inadapté est en passe d’être levée.

L’encre électronique

On pouvait déjà lire des livres sur un ordinateur et il y a des sites de vente qui proposent des livres à télécharger comme Mobipocket ou Numilog qui loue aussi ses services à la Fnac. Le premier appartient d’ailleurs à Amazon et le second à Hachette. Si la chose est restée confidentielle, c’est que lire sur un écran d’ordinateur est une épreuve et pas un plaisir, sans compter l’encombrement, le manque d’autonomie et une ergonomie pas vraiment adaptée à un tel usage. En fait, le principal problème se situe au niveau de l’écran. Un modèle LCD couleur, le plus souvent recouvert d’une couche brillante, agresse l’œil en lecture longue durée et finit par provoquer des maux de tête et surtout un inconfort notoire. Tout rétro-éclairage quel qu’il soit fatigue bien trop pour pouvoir lire des heures durant. L’invention qui a tout changé porte le nom évocateur d’encre électronique ou e-ink dans la langue de Shakespeare. Ces écrans monochromes affichent un rendu vraiment proche du livre papier et en l’absence de rétro-éclairage ne fatiguent absolument pas les yeux. Accessoirement, ils ne consomment que très peu d’énergie ce qui permet de les intégrer dans des appareils à grande autonomie.

Achat direct

Autre problème, le fait d’être obligé de passer par un ordinateur pour télécharger les livres s’avère fastidieux et peu pratique en déplacement. Là encore, la réponse a été trouvée avec une connexion WiFi ou 3G qui permet d’acquérir des livres n’importe où. Une fois les handicaps levés, on peut prendre en compte les avantages du livre électronique. La liseuse est peu encombrante et légère, similaire à un livre relié. Elle permet de stocker des milliers de livres, ce qui réduit considérablement le poids à emporter en déplacement. Son autonomie avant recharge est généralement très longue et on peut se procurer de livres quand on le souhaite sans avoir à se déplacer. Sans parler des coûts qui selon toute logique devraient être inférieurs puisque l’on économise la fabrication et la distribution physique.

Outre-Atlantique

Au pays de la liberté d’entreprendre, ce fut très rapide. Dès que l’appareil et la connexion sont apparus, le service a suivi. C’est Amazon qui a dégainé le premier avec son propre livre, le Kindle. Aux États-Unis, il n’est guère envisageable que l’édition boycotte un service payant qui fonctionne et on y trouve un catalogue de plus de 500 000 livres vendus entre sept et 15 dollars pour l’essentiel, soit substantiellement moins que l’équivalent papier. Certes les ventes numériques ne représentent que 5 % du marché outre-Atlantique mais en si peu de temps et avec un seul acteur majeur, c’est déjà très bien. Il faut dire que le système fonctionne à merveille et repose aussi sur l’aspect communautaire d’Amazon où les lecteurs conseillent les lecteurs. Prenez l’avion aux US et vous verrez comment le phénomène se répand à la vitesse d’une traînée de poudre.

Une France plus compliquée

En France en revanche, il ne s’est rien passé ou presque même si c’est en passe de changer. Comme en musique alors qu’aux États-Unis la vente numérique a 10 ans d’avance et où il existe depuis des années des services d’abonnement illimités, l’édition française freine des quatre fers. Comme dans l’Hexagone tout est lié et dépend beaucoup du lobbying et d’accords cadres, la numérisation du livre s’annonce éminemment compliquée. Certes, il faut aussi comprendre qu’au-delà des craintes en termes de piratage et de manque à gagner, c’est le principe même de l’édition qui est remis en question. Avec le livre papier comme avec la musique sur CD, l’éditeur joue le rôle de sélectionneur nécessaire en raison de l’investissement et de la promotion. Son rôle est de dénicher parmi la foule des auteurs ce qui risque de plaire et d’avancer l’argent pour la commercialisation. Certains jouent le plus grand nombre et d’autres les cibles ou les niches, ce système garantissant aussi une certaine diversité de la création.


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Posté le 15-07-2010 à 14:33


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