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Alt-Minds, événement transmédia de fin d’année
En novembre, Alt-Minds marquera l’une des expériences de jeu ubiquitaires les plus ambitieuses à ce jour, cette enquête interactive exploitant tablettes, smartphones, Web et réseaux sociaux simultanément. Le groupe Orange s’est associé pour ce projet à Lexis Numérique, studio parisien qui avait déjà expérimenté le sujet avec les jeux In Memoriam. Rencontre avec Eric Viennot, patron de Lexis et véritable chef d’orchestre de cet ambitieux projet.

JDLI : Qu’est-ce qu’une « fiction totale » ?

Eric Viennot, patron de Lexis
Eric Viennot : Le principe est de bâtir un univers reposant sur plusieurs médias sollicités simultanément, soit un concept transversal constitué de différents types de supports depuis le PC jusqu’à la tablette en passant par le smartphone et les réseaux sociaux. Chaque média est complémentaire des autres. On peut suivre la websérie sur son iPad, jouer sur son ordinateur et se servir de son téléphone mobile pour se tenir informé des derniers rebondissements de l'histoire ou pour faire des quêtes spécifiques liées à la géolocalisation. Dans la notion de fiction totale, il y a aussi l’idée de mélanger réalité et fiction, ce que nous avions déjà dans In Memoriam. Mais avec l’aspect communautaire et les réseaux sociaux, la notion de fiction totale va beaucoup plus loin aujourd’hui.


Où situez-vous le « cœur » de l’expérience Alt-Minds ?

Pour nous, il se situe sur la tablette (iOS ou Android), le point d’entrée idéal: en rentrant chez lui le soir, le joueur « type », non core gamer, va parcourir les faits du jour, regarder la websérie, résoudre une énigme s’il en a le temps et l’envie. Ne pas participer à une énigme n’est en rien bloquant pour continuer. Nous sommes sur un jeu où il y a beaucoup de vidéos, de textes… tout cela se prête très bien à la tablette. Il y a quelques années, nous aurions probablement fait l’inverse et travaillé avant tout sur le PC pour proposer ensuite une déclinaison sur tablette… Le joueur un peu plus investi pourra se connecter plusieurs fois dans la journée via son smartphone pour ne pas rater un événement important ou pratiquer une mission géolocalisée. Et quand il rentrera chez lui, il privilégiera sans doute le PC qui apporte, grâce au multi-fenêtrage, plus de confort pour résoudre certaines énigmes.

Comment s’est passée la rencontre avec Orange et comment avez-vous collaboré ? 

Au printemps 2009, au moment où je commençais à désespérer de convaincre les chaines TV classiques autour du projet, les gens d’Orange m’ont fait part de leur souhait de créer un jeu transmédia grand public. Ils avaient beaucoup apprécié In Memoriam mais souhaitaient toucher un public plus large, plus proche de leur public plus casual. Je leur ai alors présenté le projet Twelve et cela nous a servi de base de travail pour ce qui allait devenir trois ans plus tard Alt-Minds. Très tôt Xavier Couture (Directeur de la communication de France Telecom, ancien Directeur des contenus chez Orange, ndlr) et Jean-François Rodriguez (Responsable jeux et contenus) ont été séduits par les thématiques du jeu et par sa dimension transversale au cœur des différents métiers d’Orange. Nous avons d’abord coproduit un prototype qui nous a demandé un an de travail. Nous nous sommes répartis les rôles : Orange apportant son expertise éditoriale et marketing, son soutien en R&D, notamment son expertise dans le domaine du mobile et de la géolocalisation, par l’intermédiaire d’Orange Lab, Lexis se chargeant de la coproduction exécutive (scénario, game design, production des contenus, tournages…).

Un jeu qui vit sur une fenêtre de temps limitée, n’est-ce pas défi ? 

Oui et le succès dépendra évidemment du marketing qui sera mis en place. Mais je tiens à préciser qu’on a beaucoup travaillé sur la notion de catch up et de rediffusion. Evidemment cela sera beaucoup plus bluffant de suivre l’histoire en temps réel pendant plusieurs semaines. Le temps réel apporte plus d’immersion, on suit l’enquête jour après jour, voire heure après heure pour certains, relayée par les réseaux sociaux. On invite ses amis à participer, on peut discuter avec eux, s’entraider, etc... Mais, comme nous savons que la plupart des gens ne peuvent consacrer ne serait-ce qu’une demi-heure par jour à un jeu, nous avons mis en place une façon simple et attractive de prendre le train en cours de route et de participer en différé ou de rattraper son retard sans être perdu dans l’histoire avec une timeline qui résume les principaux évènements, des résumés vidéo etc… Les joueurs seront sans cesse informés de ce qui a pu arriver depuis leur dernière connexion. Nous allons beaucoup communiquer sur le fait que chacun peut choisir de suivre et de vivre l’expérience à son rythme et selon ses envies.

Peut-on parler d’un concept éphémère ?

Pas tout à fait car nous prévoyons déjà une « rediffusion » d’Alt Minds en début d’année 2013, comme pour une série TV. Il n’y aura plus alors d’aspect « scoring » puisque les réponses auront déjà été dévoilées à la première session mais chacun pourra prendre du plaisir à revivre l’histoire à nouveau en temps réel. D’autant que le public de la rediffusion sera probablement moins gamer que celui de la première.

Pourra-t-on choisir son niveau d’implication dans le jeu ?

Tout à fait, l’objectif est de proposer une expérience accessible au grand public qui jouera de manière occasionnelle ou aux joueurs plus chevronnés qui vont beaucoup s’investir pour essayer de se distinguer des autres participants et peut-être devenir des personnages même de l’histoire ! Chacun va pouvoir s’engager à son rythme et à sa manière : certains vont se contenter de suivre l’histoire à travers les films, dont certains seront accessibles gratuitement. D’autres vont s’engager de manière plus approfondie en aidant les personnages de la fiction dans leur enquête. Les plus hardcore pourront participer à des missions annexes dont certaines se joueront sur leur mobile. Chacun pourra s’investir comme il le souhaite pendant les huit semaines de durée du jeu avec un principe d’abonnement par chapitre d’une semaine.

Qu’a représenté la production d’Alt Minds ?

J’ai travaillé quatre ans sur le projet, dont deux ans de pré-production avec une bonne moitié consacrée à la documentation. Un aspect essentiel pour moi car le scénario s’appuie toujours sur des réalités et, avec les outils dont disposent aujourd’hui les internautes comme Google Maps, il faut être très précis dans ce que l’on avance ! Cela nous oblige à tourner dans les lieux réels car c’est sur ce genre de détails que se joue la crédibilité de notre histoire. Nous avons tourné ces deux dernières années dans cinq pays différents… C’est simple, la production d’Alt-Minds, c’est celle d’In Memoriam multipliée par cinq ou six ! Plus d’une centaine de personnes ont travaillé sur le projet. Une grande partie de la production est terminée aujourd’hui (interview réalisée début juillet, ndlr), il nous reste encore quelques scènes à faire en studio… et puis les tournages vont se poursuivre pendant la période du jeu, notamment pour la websérie. C’est l’un des plus gros budgets jamais consacré à ce type de jeu qui s’apparente à un ARG (jeu multimédia en réalité alternée, combinant expériences dans le jeu et réelles) mais cela reste beaucoup moins conséquent qu’un jeu vidéo AAA ou qu’une série TV traditionnelle !

Dans quelle langue tournez-vous ?

Nous tournons en anglais avec beaucoup d’acteurs américains assez talentueux d’ailleurs ! Alt-Minds va profiter d’une sortie européenne en quatre langues différentes. Des serveurs vont être dédiés à chaque langue en Europe. Le jeu sortira également aux Etats-Unis, peut-être de manière légèrement décalée dans le temps. Le marché américain est important pour nous puisqu’il a représenté la moitié des ventes d’In Memoriam.

Après l’acteur qui répondait au téléphone dans In Memoriam, vous allez plus loin ici avec la possibilité de rencontrer certains personnages du jeu. Jusqu’où peut-on aller dans ce flirt entre réalité et fiction ?

Oui, certains joueurs pourront par exemple être invités à une conférence et rencontrer réellement certains personnages du jeu… Les limites se trouvent avant tout au niveau de la production car nous ne pouvons malheureusement pas provoquer ce genre d’événements pour tous les joueurs d’Alt-Minds ! Il faut souligner que ces rencontres IRL (In Real Life) sont des sortes de rewards mais qu’ils ne sont nullement nécessaires pour terminer le jeu. En revanche, je suis contre le slogan « ceci n’est pas un jeu » que certains créateurs d’ARG adoptent en cherchant à brouiller totalement la frontière entre réalité et fiction. Avec Alt-Minds, nous disons clairement que nous sommes dans un jeu vidéo. Avec Orange, nous allons veiller à être transparents à ce sujet puisqu’un blog, déconnecté de la fiction, rédigé par des journalistes scientifiques permettra de commenter les différents thèmes abordés par Alt-Minds et de faire la part du vrai et du faux. Une sorte de méta-contenu par rapport au jeu, ponctué entre autres d’interviews de spécialistes. 

Comment la fenêtre de lancement a-t-elle été décidée ?

Novembre est lié à des impératifs de production mais aussi au fait que l’on a davantage tendance à jouer, je pense, sur la fin d’année quand les jours raccourcissent. Nous n’entrons pas en concurrence directe avec tous les jeux vidéo traditionnels qui sortent sur la période car non seulement nous adressons un public plus large, mais les joueurs de ces titres de fin d’année pourront suivre Alt-Minds simultanément. Le lancement du jeu va être scénarisé : après la diffusion d’un premier épisode, un rebondissement va justifier une pause de deux semaines dans l’enquête afin qu’un maximum de joueurs rejoignent l’aventure.

On imagine que vous suivez de près l’évolution du cloud gaming et de la TV connectée…

Evidemment. On a senti à l’E3 une vraie tendance dans le domaine de la connectivité avec une volonté de lier les tablettes tactiles aux consoles de salon comme par exemple chez Microsoft et son Smart Glass. Mais on en a encore aujourd’hui la sensation de voir du prototype, en attendant qu’Apple mette tout le monde d’accord. Leur projet d’Apple TV pourrait bien révolutionner le monde de la télévision classique comme ils ont révolutionné celui de la musique et celui de la téléphonie. Plutôt qu’en avoir peur nous tentons d’anticiper le mouvement.

A quoi pourrait ressembler l’avenir de la fiction totale ?

Nous aimerions faire deux ou trois saisons d’Alt-Minds. Nous avons beaucoup d’idées à développer, des personnages à approfondir dans des suites et toutes les réponses ne seront pas données à la fin de la première saison ! Nous envisageons même une série TV, qui apporterait encore un niveau de lecture supplémentaire… L’une des caractéristiques des univers transmédia est de pouvoir être déclinés facilement sous une multitude de formes différentes et complémentaires. Tout cela peut paraître ambitieux mais je pense que ce que nous faisons avec Alt-Minds préfigure la fiction de demain : un nouveau genre de séries connectées, interactives et participatives dans lesquelles il sera possible de dialoguer avec les personnages, voire même de changer le cours de l’histoire. Il suffit de voir comment les plus jeunes consomment de nos jours simultanément TV, flux de données sur tablettes, smartphones pour comprendre que les modes de consommation des contenus changent et convergent. On en a aujourd’hui certains prémices mais je pense que tout cela va se développer. Nous sommes encore au stade où une série TV peut être dotée d’un ARG, à l’image des vignettes interactives liées à la série Braquo que nous avons conçues pour Canal + mais demain nous irons vers une vraie écriture transmédia impliquant dès la conception ces différents canaux de diffusion et d’interaction. C’est une forme de création pour laquelle les gens venus du jeu vidéo ont de formidables atouts, car elle implique une imbrication très spécifique de la scénarisation et de l’interactivité qui est au cœur du travail de game designer. Mais à l’heure actuelle, c’est davantage du côté de l’univers de la série TV que l’on sent que cela va beaucoup bouger en termes de fiction totale. Il faut mettre en garde l’industrie jeu vidéo de ne pas rater la coche alors qu’elle a tous les talents nécessaires.

Eric Viennot et Lexis Numérique

Après avoir enseigné les arts plastiques à la Sorbonne pendant cinq ans, Eric Viennot fonde Lexis Numérique en 1990 avec Marie Viennot et José Sanchis, société dédiée au développement de jeux, de serious gaming et de projets interactifs. En 1998, L’Album Secret de l’Oncle Ernest marque le début d’une série de logiciels éducatifs à succès. En 2003, In Memoriam sur PC se présente comme un thriller interactif avec des passerelles vers Internet, les SMS… Une extension (La Treizième victime) et une suite (Le Dernier Rituel) seront proposées. Outre des titres pour les plus jeunes (Learning with the Pooyoos), le studio propose des jeux sur les différentes plates-formes, développés en interne (Experience 112, Red Johnson’s Chronicles) ou via des studios partenaires (Amy).
 
Alt-Minds, univers transmédia

En novembre, l’expérience Alt Minds prendra place pour une durée de huit semaines. Le jeu se présentera comme une enquête policière lorgnant vers le paranormal avec différents points d’entrée possibles (et complémentaires) pour la suivre : Websérie suivant plusieurs personnages menant leur propre enquête, sites Internet, application sur mobiles, tablette, réseaux sociaux avec comptes des différents personnages... Chaque support profitera de ses propres personnages qui seront amenés à se croiser au cours de l’enquête. S’il sera possible de suivre l’enquête en temps réel, de manière linéaire, les joueurs pourront devenir actifs et gagner des points d’expérience en accomplissant plusieurs types de missions que les enquêteurs leur confieront : élucider diverses énigmes, étudier des sites, des documents ou des vidéos, se rendre sur des lieux réels pour trouver des indices…

Totalement dématérialisé, Alt Minds sera accessible gratuitement via un premier chapitre, l’accès aux différents services s’achetant ensuite par chapitre ou pour la saison complète. Il sera aussi possible de suivre gratuitement la websérie par exemple. Si les tarifs n’ont pas encore été précisés, Eric Viennot souligne la volonté de proposer des « tarifs très accessibles ».


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Posté le 14-09-2012 à 17:09
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