Hardware / Marché

Vinyles : Une affaire qui roule

Résurrection du support historique

Par La Rédaction , posté le 02/09/2014 à 17h37
10308373_10152243545284055_1768804563804461030_n.jpgOn le pensait moribond, voilà qu'il est en train de devenir une emblème de la nouvelle hype. Le disque vinyle renait de ses cendres presque froides, et entraine dans son sillage le marché des platines.
Selon le Snep (Syndicat National de l'Edition Phonographique), il s'est vendu en 2013 plus de 660 000 disques vinyles, en 2012 le chiffre était de 509 000 soit une progression de 30% sur un an. Dans le même temps, il s'est écoulé plus de 40 millions de CD ! Cela reste donc une goutte d'eau mais la tendance est là, le pourcentage des ventes a été multiplié par quatre en trois ans. De plus, selon une estimation du Calif (Club action des labels indépendants français), ces chiffres du Snep ne prennent pas en compte les ventes réalisées par les disquaires indépendants. Leur nombre augmente et ils représentent entre 70 et 80% du marché du vinyle. Ce retour du vinyle n'est pas cantonné à la France, il est perceptible partout dans le monde et notamment aux États-Unis. Au pays de l'Oncle Sam, les ventes sont passées de 900 000 unités en 2006 à 7, 1 millions en 2012, une progression par huit en sept ans et désormais le vinyle représente 6% de la valeur du marché de la musique physique. Cette tendance touche également nos voisins britanniques, les ventes de vinyles ayant doublé l'année dernière pour atteindre le million d'exemplaires. Tout l'écosystème vinyle bénéficie de cette nouvelle jeunesse, les fabricants de platines enregistrent de fortes progressions de leurs ventes et les accessoires comme les cellules ou les systèmes de nettoyage des vinyles ne sont pas en?reste.

Un marché pressé


Un autre signe de ce retour en grâce du vinyle est la reprise de l'activité de pressage. Il existe en France un des derniers presseurs industriels en activité : la société MPO située en Mayenne. Son activité de pressage de vinyles explose depuis l'été 2012. MPO a produit en 2013 cinq millions d'unités, c'est le volume maximal de sa production. Une poussée inattendue qui va obliger l'entreprise à ressortir de la poussière deux vieilles machines de pressage et porter ainsi sa capacité de production à huit millions de disques vinyles. Selon MPO, cette activité est très rentable et les trois quarts de sa production partent à l'exportation : 47% en Grande-Bretagne, 14% en Allemagne et 13% aux États-Unis. C'est la pénurie dans certains pays, les usines de pressage de vinyle étant très peu nombreuses. Ce renouveau industriel est un signe tangible de la bonne forme du vinyle, c'est aussi le constat réalisé par les disquaires.



      
Entretien avec Richard Garrido, CEO Audio-Technica Europe




JDLI : Comment expliquez-vous ce retour du vinyle ?
Richard Garrido : Je pense qu'il faut différencier trois facteurs pour appréhender cette tendance. En premier lieu, l'industrie de la musique enregistrée et ses acteurs ont terriblement souffert de la dématérialisation du support. Cela a entraîné une grave crise économique à tous les niveaux de la chaîne. Le vinyle est un point de ralliement pour les amateurs audiophiles cherchant à se démarquer de la masse des consommateurs de musique enregistrée. Pour l'industrie, c'est une manière de renouer avec le modèle économique du disque connu dans les années 70 et pour les consommateurs une manière d'être différents. Le vinyle est en quelque sorte la croisée des chemins entre une industrie nostalgique d'un modèle économique maîtrisé et l'opportunité de sortir des sentiers battus.

Est-ce aussi une question de qualité audio ?
Le second facteur est la qualité audio. Bien sûr, 500?vinyles ne tiennent pas dans la poche d'un pantalon. Evidemment, le vinyle est fragile et réclame un soin particulier. Son rapport signal/bruit laissera toujours à désirer en comparaison des techniques numériques. Mais la musicalité d'un enregistrement analogique de qualité et la restitution par une cellule phono apportent une dimension unique, incomparable et des écoutes supérieures à plusieurs niveaux par rapport à celles d'un CD ou encore d'un fichier MP3. La restitution d'un programme musical à partir d'un vinyle est génératrice de sensations, je dirais même d'émotions. Et ce n'est pas de la nostalgie. Il m'arrive de faire écouter des vinyles lus par une cellule mobile à des jeunes de moins de 30?ans. Ils ne comprennent généralement pas ce qui leur arrive dès les premières mesures...

Est-ce que l'objet compte aussi ?
C'est certain, il y a le syndrome de l'objet palpable. Dépenser 20 euros pour télécharger des fichiers audio et ensuite il ne reste rien dans la main, c'est frustrant. Je pense que c'est un facteur important qui favorise ce retour au vinyle. Sur une pochette de 33?tours, vous trouvez le nom des musiciens, des chanteurs, des arrangeurs, des ingénieurs du son, etc. Ecouter de la musique, c'est aussi se constituer sa propre base de données. Pour aller plus loin dans la connaissance des musiques, l'information est très importante. Si j'écoute de la musique avec un baladeur, je ne connais pas forcément la version du morceau écouté, son année de création, les interprètes et le nom des musiciens. Ecouter un vinyle face à ses enceintes, la pochette à la main, c'est déjà un événement en soi et c'est un acte qui met en oeuvre la quasi-totalité de nos sens.
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